Intelligence artificielle générative en formation : quels repères pour les cadres de santé ?Introduction
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L’intelligence artificielle générative (IAG) s’installe progressivement dans les pratiques pédagogiques. Capable de produire des textes, des images, des exercices ou des scénarios, elle peut soutenir la préparation des formations, faciliter la différenciation des apprentissages et accompagner les professionnels dans certaines tâches. Cette évolution ouvre des perspectives intéressantes pour la formation paramédicale, mais elle impose également une réflexion sur la fiabilité des contenus, la protection des données, les droits d’auteur, l’équité et le maintien du jugement professionnel.
Publié en 2026 par le ministère de l’Éducation du Québec, le guide L’utilisation pédagogique, éthique et légale de l’intelligence artificielle générative : guide destiné au personnel enseignant propose des repères pour intégrer l’IAG de manière pédagogique, éthique et légale. Bien qu’il s’inscrive dans le contexte scolaire québécois, ses principes peuvent nourrir la réflexion des formateurs et des cadres de santé engagés dans la formation des professionnels paramédicaux.

Une technologie au service de l’humain
Le guide ne présente pas l’IAG comme une solution automatique ni comme un substitut au professionnel. Elle est envisagée comme un outil d’assistance, susceptible de soutenir l’enseignement et l’apprentissage lorsque son utilisation répond à une intention clairement définie.
Dans les formations en santé, cette approche est essentielle. La formation paramédicale vise notamment le développement des connaissances, du raisonnement clinique, de la capacité de décision, de la responsabilité professionnelle et de la sécurité des soins. L’IAG peut contribuer à enrichir les démarches pédagogiques, mais elle ne peut remplacer l’expertise du formateur, l’accompagnement des tuteurs ou l’analyse des situations professionnelles.
Le principe pourrait être formulé ainsi :
L’intelligence artificielle doit augmenter les capacités du professionnel sans se substituer à son jugement.
L’enjeu n’est donc pas de savoir si l’IAG doit être utilisée, mais dans quelles conditions elle peut l’être sans réduire l’autonomie, l’effort cognitif ou la responsabilité des apprenants et des professionnels.
Trois critères pour guider les usages
Le guide propose trois critères pour éclairer toute décision.
La pertinence pédagogique
L’IAG doit répondre à un besoin précis et apporter une réelle valeur ajoutée. Avant de l’utiliser, le formateur doit se demander quel objectif il poursuit et si une ressource plus simple permettrait d’obtenir le même résultat.
Dans une formation destinée aux cadres de santé, l’IAG peut notamment aider à structurer un cours, simplifier un concept complexe, créer des exemples et des contre-exemples, concevoir une situation managériale ou adapter un support aux différents niveaux des apprenants. Elle peut également contribuer à préparer des questions de réflexion, à ébaucher une grille d’évaluation ou à simuler un échange professionnel.
Ces usages restent sous la responsabilité du formateur. Les productions doivent être vérifiées, adaptées aux objectifs pédagogiques et replacées dans le contexte professionnel concerné.
La réflexion éthique
Une utilisation pertinente peut néanmoins soulever des questions éthiques. Le formateur doit prendre en compte la qualité des informations, les biais, l’inclusion, la transparence, l’autonomie des personnes et l’impact environnemental du numérique.
Les obligations légales
Enfin, l’utilisation de l’IAG doit respecter les règles relatives à la sécurité de l’information, à la protection des données personnelles et aux droits d’auteur. Un outil accessible ne constitue pas nécessairement un outil autorisé par l’établissement.
Une réflexion en trois temps
Avant : clarifier l’intention
Avant toute utilisation, le formateur identifie le besoin, la plus-value attendue et les risques associés. Il vérifie également que l’outil est autorisé par l’établissement et que les utilisateurs disposent des compétences nécessaires pour l’employer de manière critique.
Cette étape est particulièrement importante en formation paramédicale. Les situations cliniques, les travaux d’apprenants, les évaluations ou les documents institutionnels peuvent contenir des informations sensibles. Il convient donc de privilégier des situations fictives, des données profondément anonymisées et des outils validés par l’organisation.
Pendant : exercer une vigilance active
Pendant l’utilisation, le formateur analyse les contenus générés et leur cohérence avec l’objectif pédagogique. Une réponse claire, détaillée et convaincante n’est pas nécessairement exacte. L’IAG peut produire des erreurs ou des informations inventées, parfois présentées comme des faits.
Toute information relative à une réglementation, une recommandation de bonnes pratiques, une procédure de soins ou une donnée scientifique doit être confrontée à des sources fiables et actualisées : recommandations institutionnelles, textes réglementaires, sociétés savantes, publications scientifiques, référentiels de formation ou procédures validées par l’établissement.
Si le résultat n’est pas satisfaisant, le formateur peut reformuler la demande, modifier les paramètres, changer d’outil ou renoncer à l’IAG. Le recours à cette technologie n’est jamais une obligation.
Après : analyser et partager
Après l’activité, le formateur évalue la plus-value réelle de l’IAG. Les objectifs ont-ils été atteints ? Les apprenants ont-ils progressé ? L’outil a-t-il favorisé leur réflexion et leur autonomie ou a-t-il seulement accéléré la production ? Les contenus étaient-ils fiables et adaptés ?
Ce retour d’expérience permet d’améliorer les pratiques, de repérer les limites et de partager les usages au sein de l’équipe ou d’une communauté de pratique. L’intégration de l’IAG peut ainsi s’inscrire dans une démarche d’amélioration continue.

Évaluer sans déléguer le jugement
L’IAG peut soutenir la création d’exercices, de grilles d’évaluation, de rétroactions ou d’activités formatives. Elle peut contribuer à diversifier les supports et à proposer des pistes de remédiation. Toutefois, elle ne doit jamais remplacer le jugement du formateur.
Celui-ci reste responsable :
de la validité de l’évaluation ;
de la pertinence des critères ;
de l’interprétation des productions ;
de l’équité du processus ;
de la décision finale ;
de la protection des données traitées.
Dans les formations en santé, l’évaluation ne peut reposer sur une production automatisée. Elle doit apprécier le raisonnement clinique, l’argumentation, l’analyse d’une situation, la priorisation des risques et la capacité à prendre une décision adaptée à partir de connaissances fiables.
Préserver l’intégrité intellectuelle
L’utilisation de l’IAG doit faire l’objet de règles explicites. Les apprenants doivent savoir quels usages sont autorisés, dans quel but et selon quelles modalités ils doivent déclarer le recours à l’outil.
L’objectif ne consiste pas seulement à prévenir la fraude. Il s’agit de développer une culture de l’intégrité, dans laquelle l’apprenant demeure responsable de sa démarche, de ses choix et de sa production.
Une règle simple peut être proposée :
L’IAG peut aider à chercher, structurer, reformuler ou questionner ; elle ne peut pas penser, décider ou justifier à la place de l’apprenant.
Cette approche invite également à repenser certaines modalités d’évaluation. Les travaux peuvent intégrer une explicitation de la démarche, une analyse critique des réponses générées, une justification des choix ou une présentation orale permettant de vérifier la compréhension réelle.
Développer la littératie de l’IAG
Le guide identifie quatre capacités essentielles : comprendre, utiliser, analyser et créer.
Pour les cadres de santé et les formateurs, cela implique de connaître les possibilités et les limites de l’IAG, de formuler des demandes précises, d’en vérifier les productions, de repérer les biais et de protéger les informations confidentielles. Il s’agit également d’accompagner les apprenants afin qu’ils utilisent l’outil de manière responsable et critique.
Cette littératie de l’IAG devrait progressivement être intégrée aux compétences numériques, informationnelles et réglementaires nécessaires aux professionnels de santé. Elle ne relève pas uniquement de la maîtrise technique : elle concerne aussi la capacité à exercer son jugement et à prendre des décisions éclairées.
Cinq principes éthiques
Sobriété numérique
Le recours à l’IAG doit rester proportionné au besoin. Il convient de limiter les générations inutiles, de préparer des requêtes précises, de privilégier les outils institutionnels et de conserver des temps d’apprentissage sans écran. La réflexion doit également intégrer les effets du numérique sur l’environnement, la santé et le bien-être.
Qualité
Les contenus générés doivent être considérés comme des propositions à vérifier, et non comme des sources fiables en elles-mêmes. Dans le secteur sanitaire, leur validation doit s’appuyer sur des références reconnues et actualisées.
Équité et inclusion
Les systèmes d’IAG peuvent reproduire des biais et sous-représenter certaines populations ou réalités professionnelles. Le formateur doit donc vérifier la diversité des situations proposées, l’absence de stéréotypes, l’accessibilité des supports et leur adaptation aux différents publics.
L’analyse des biais peut également devenir une activité pédagogique. Les apprenants peuvent comparer plusieurs réponses, identifier leurs limites et proposer une version plus juste ou plus inclusive.
Transparence et explicabilité
Lorsque des contenus générés sont diffusés, l’utilisation de l’IAG doit être signalée. Il est utile de préciser l’outil utilisé et le rôle du professionnel, par exemple : « Support élaboré avec l’aide d’une IAG, puis vérifié et adapté par le formateur. »
Cette transparence permet de distinguer la production automatisée de l’expertise professionnelle.
Agentivité
L’agentivité consiste à conserver le contrôle de ses décisions et de ses actions. Pour éviter une dépendance à l’IAG, le professionnel doit rester acteur de l’analyse, vérifier les résultats et assumer la responsabilité des décisions.
L’outil peut alléger certaines tâches répétitives, mais il ne doit pas prendre en charge les activités essentielles au développement des compétences professionnelles.
Un cadre légal incontournable
Sécurité de l’information
En l’absence de garanties institutionnelles précises sur leur traitement, les informations saisies dans une IAG doivent être considérées comme susceptibles d’être exposées ou réutilisées. Il ne faut donc pas y transmettre de données personnelles, confidentielles ou identifiantes concernant les patients, les professionnels, les situations cliniques ou les documents internes, sauf autorisation et anonymisation réellement sécurisée.
Protection des renseignements personnels
Un renseignement peut identifier une personne directement ou indirectement, notamment par le croisement de plusieurs informations. Cette règle s’applique aussi aux travaux, évaluations et commentaires des apprenants.
Dans les formations en santé, la prudence impose de privilégier des cas fictifs ou profondément anonymisés, d’utiliser des outils validés et de respecter les procédures de l’établissement. Une situation clinique dépourvue de nom n’est pas nécessairement anonyme si son contexte permet de reconnaître la personne concernée.
Droits d’auteur
Les droits d’auteur s’appliquent toujours aux contenus utilisés avec une IAG. Le formateur doit vérifier les licences, les autorisations de reproduction et les conditions de diffusion des textes, images, vidéos et documents institutionnels.
Le fait qu’un contenu soit accessible en ligne ou qu’il puisse être copié dans une requête ne signifie pas qu’il est librement réutilisable.
Quels usages de ce guide pour les cadres de santé ?
Le cadre proposé par le guide peut soutenir plusieurs dimensions de l’activité des cadres de santé et des formateurs paramédicaux.
Pour préparer une formation, l’IAG peut aider à structurer un programme, formuler des objectifs, proposer une progression, adapter un contenu, créer des situations professionnelles ou préparer un quiz.
Pour animer une séquence, elle peut servir de support à une analyse de réponse erronée, à une comparaison de propositions, à l’identification de biais ou à une vérification de références.
Pour accompagner les équipes, elle peut contribuer à la construction d’une charte d’usage, à la définition des outils autorisés, à la formalisation de règles de protection des données et à la mise en place d’un dispositif de formation.
L’IAG peut ainsi devenir un objet de formation autant qu’un outil pédagogique. Les professionnels peuvent apprendre à l’utiliser en analysant ses résultats, ses erreurs et ses limites.
Dix réflexes à retenir
Définir l’objectif avant de choisir l’outil.
Vérifier la réelle plus-value pédagogique.
Utiliser un outil autorisé par l’établissement.
Ne jamais transmettre de données identifiantes sans validation.
Considérer toute réponse comme une proposition à vérifier.
Contrôler les erreurs, omissions et biais.
Respecter les droits d’auteur.
Informer les apprenants du recours à l’IAG.
Maintenir le jugement et la responsabilité professionnels.
Évaluer les bénéfices et les limites après utilisation.
Conclusion
Selon moi, le guide du ministère de l’Éducation du Québec offre un cadre utile pour penser l’intégration de l’intelligence artificielle générative dans les pratiques pédagogiques paramédicales.
Sa force repose sur l’articulation de trois exigences : une véritable pertinence pédagogique, une réflexion éthique et le respect du cadre légal.
Pour les cadres de santé et les formateurs paramédicaux, il constitue une base de réflexion pour accompagner les équipes, sécuriser les usages et développer une culture commune de l’IA. Son apport dépasse la question de la performance technique : il invite à interroger la finalité de l’outil, ses effets sur les apprentissages et sa compatibilité avec les valeurs professionnelles. C’est une très bonne base de travail pour construire nos propres guides. C’est un document à lire.
L’IAG pourra devenir un levier pour la formation en santé si elle soutient le raisonnement, l’adaptation pédagogique et le développement professionnel. Elle ne pourra toutefois jamais remplacer la relation pédagogique, l’expertise clinique, l’accompagnement des tuteurs ni le jugement indispensable à la qualité et à la sécurité des soins.
N Renou
Référence
QUÉBEC, MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION. L’utilisation pédagogique, éthique et légale de l’intelligence artificielle générative : guide destiné au personnel enseignant [en ligne]. Québec : ministère de l’Éducation, 2026, 22 p. ISBN 978-2-555-04278-0. Disponible à l’adresse : https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/education/Numerique/Guide-utilisation-pedagogique-ethique-legale-IA-personnel-enseignant.pdf.
Cet article a été rédigé par l’auteur, avec l’appui de l’intelligence artificielle comme outil d’aide à la structuration et à la reformulation.


