Licence portail santé : la formation infirmière s’inscrit dans une nouvelle architecture d’accès aux études de santé

Publié le 24 octobre 2026, le décret n° 2026-988 du 23 octobre 2026 réforme les modalités d’accès aux formations de médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique. À compter de la rentrée universitaire 2027-2028, il supprime le parcours de santé pluridisciplinaire (PASS) et la licence avec accès santé (L.A.S) au profit d’une voie unique : la licence portail santé.
Bien que le texte vise principalement les filières médicales, il présente un enjeu direct pour la formation paramédicale : la formation en soins infirmiers peut désormais constituer le bloc disciplinaire de cette première année de licence.
Une première année structurée en trois blocs
La licence portail santé correspond à 60 crédits ECTS, répartis en trois blocs dont les proportions sont déterminées par chaque université, dans le respect de fourchettes nationales.
Bloc | Volume indicatif | Contenus |
Santé | 24 à 30 ECTS | Sciences fondamentales et disciplines de santé : anatomie, physiologie, biologie, sciences du médicament, éthique, santé publique. |
Disciplinaire | 24 à 30 ECTS | Mention de licence ou formation en soins infirmiers, en lien avec un IFSI. |
Transversal | 6 à 12 ECTS | Analyse, expression écrite et orale, ressources documentaires, langues, numérique, compétences psychosociales et découverte des métiers de la santé. |
Une reconnaissance accrue de la formation infirmière
L’intégration possible de la formation en soins infirmiers dans la licence portail santé constitue une évolution importante, qui devra être anticipée et construite. Elle positionne la première année du diplôme d’État infirmier comme un parcours universitaire à part entière, susceptible d’accueillir des étudiants envisageant également une orientation vers médecine, pharmacie, odontologie ou maïeutique.
Pour les instituts de formation en soins infirmiers (IFSI), cette évolution implique de construire ou de consolider des partenariats avec les universités. Il s’agira notamment d’articuler les maquettes de formation, les calendriers, les modalités d’évaluation, les périodes de stage et les conditions de validation des crédits.
La formation infirmière conserve ainsi sa finalité professionnelle, tout en devenant une composante possible d’un parcours d’accès aux études de santé.
Des enjeux opérationnels pour les cadres de santé
Cette réforme invite les cadres de santé, les maîtres de stage et les formateurs à anticiper plusieurs questions :
Ingénierie pédagogique : comment articuler les enseignements du bloc santé, les unités d’intégration, les stages cliniques et les exigences propres à la formation infirmière ?
Accompagnement des étudiants : comment soutenir un public susceptible de porter un projet de réorientation vers les filières médicales, tout en préparant l’exercice du métier d’infirmier ?
Attractivité des métiers : le dispositif peut favoriser l’arrivée de nouveaux profils dans la formation infirmière, mais il impose également de clarifier le projet professionnel dès l’entrée en formation.
Organisation des équipes : les IFSI devront renforcer leur coordination avec les universités, les terrains de stage et les services de soins.
Statut de l’étudiant et stages cliniques : des zones de vigilance
L’intégration de la formation infirmière dans la licence portail santé soulève une équation temporelle et statutaire complexe dès la première année. Avec 24 à 30 ECTS consacrés au bloc santé et 6 à 12 ECTS au bloc transversal, le volume restant attribué au bloc disciplinaire peut contraindre le temps disponible pour les apprentissages infirmiers.
Calendrier d’alternance et acquisition du rôle propre
Dans le modèle actuel, le premier stage clinique, dès le semestre 1 ou le début du semestre 2, permet l’ancrage des compétences fondamentales : soins d’hygiène et de confort, relation d’aide, posture professionnelle et sécurité du patient.
Si la maquette de première année doit intégrer un volume important d’enseignements scientifiques liés au bloc santé, la programmation des semaines de stage pourrait-elle être différée ou fragmentée ?
Pour les cadres de proximité et les équipes soignantes, cette évolution modifierait les modalités d’évaluation : comment valider des compétences cliniques lorsque/si le temps d’exposition au terrain est réduit ?
Le risque serait de voir arriver en stage des étudiants disposant d’un socle théorique médical solide, mais d’un entraînement insuffisant aux gestes et situations fondamentaux de la prise en soins infirmière. Est-ce une problématique en soi ?

Conventions de stage et protection de l’étudiant
Le statut de l’étudiant inscrit en licence portail santé avec une option soins infirmiers devra être clairement sécurisé. Les étudiants en soins infirmiers bénéficient actuellement d’une indemnisation de stage et du remboursement de certains frais de déplacement, dans les conditions prévues par le Code de la santé publique.
Si le volume horaire clinique est réduit en première année au profit d’enseignements universitaires, les conventions tripartites entre université, IFSI et établissement d’accueil devront préciser :
Le maintien ou l’adaptation des forfaits d’indemnisation ;
La responsabilité civile pendant les périodes de stage ;
La couverture en cas d’accident du travail ;
Les modalités d’encadrement et d’évaluation en milieu clinique.
L’objectif est d’éviter qu’une double appartenance institutionnelle ne fragilise la protection juridique et sociale de l’étudiant en établissement de santé.
Le risque d’un « public de passage » et l’exigence de l’évaluation en stage
L’ouverture de la formation infirmière comme voie d’accès aux études médicales peut réactiver une inquiétude chez les formateurs et les équipes de terrain : celle d’accueillir des étudiants considérant la formation IDE comme un simple tremplin ou une solution de repli vers les filières médicales.
Cette dualité de projet interroge la culture professionnelle, l’engagement des étudiants et les exigences des terrains de stage. Comment articuler le tout ?
Favoriser l’acculturation professionnelle
La formation en soins infirmiers repose, dès les premiers mois, sur un engagement relationnel, éthique et clinique important. Un étudiant dont l’objectif principal demeure l’accès à une filière médicale pourrait être tenté de reléguer au second plan certains apprentissages essentiels : soins d’hygiène, aide à la vie quotidienne, travail en équipe pluriprofessionnelle et relation avec la personne soignée.
Pour les équipes soignantes, ce décalage d’investissement peut générer des incompréhensions et fragiliser la dynamique de tutorat. Il devient donc essentiel d’accompagner très tôt la construction du projet professionnel et le sentiment d’appartenance à la profession infirmière.

Maintenir une évaluation rigoureuse
Face à un public plus hétérogène, les cadres de santé, tuteurs et maîtres de stage devront adopter une posture évaluative rigoureuse. La bienveillance pédagogique ne peut en aucun cas se substituer à l’exigence professionnelle et au socle de connaissances incontournables à posséder.
L’évaluation en stage ne mesure pas le potentiel d’admissibilité d’un étudiant en deuxième année de médecine : elle atteste l’acquisition des compétences du référentiel infirmier. Les bilans de mi-parcours et de fin de stage devront donc objectiver, sans concession, le savoir-être professionnel, l’humilité clinique, la rigueur d’exécution et la maîtrise progressive du rôle propre.
C’est à cette condition que la formation infirmière préservera son identité et évitera d’être perçue comme une simple propédeutique théorique.
À retenir
Le décret n° 2026-988 du 23 octobre 2026 ne modifie pas directement le diplôme d’État infirmier, mais il lui ouvre une place inédite dans le dispositif national d’accès aux études de santé.
Pour les cadres de santé, il constitue un signal fort : la formation IDE est appelée à s’inscrire davantage dans une logique universitaire, partenariale et d’accompagnement individualisé des parcours étudiants. Cette évolution représente une avancée potentielle, à condition que les enjeux pédagogiques, organisationnels, statutaires et éthiques soient pleinement anticipés.
N RENOU
Référence : Décret n° 2026-988 du 23 octobre 2026 relatif à l’accès aux formations de médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique, Journal officiel de la République française, 24 octobre 2026.

