La santé mentale des hommes : briser le silence, pas la force

Chaque mois de novembre, la campagne Movember invite à parler de la santé des hommes : cancers de la prostate et des testicules, mais aussi santé mentale et prévention du suicide (Movember, 2025). Ce dernier volet reste souvent le plus difficile à aborder, car la souffrance psychique des hommes ne se manifeste pas toujours par la tristesse ou les larmes.
Une souffrance qui se cache
Il y a quelque temps, un ami très proche m’a confié qu’il ne se sentait plus bien. Il décrivait des émotions négatives difficiles à contenir, une fatigue profonde, une perte d’élan vital et une importante culpabilité liée à des choix ou à des événements de son passé.
Face à ces mots, une question s’est imposée : comment l’aider réellement ? Comment comprendre sans chercher à tout interpréter, être présent sans vouloir « réparer », écouter sans juger, et l’orienter vers les ressources ou les professionnels qui pourraient l’accompagner ?
Chez certains hommes, la détresse psychologique peut s’exprimer autrement : irritabilité inhabituelle, colère, agressivité, repli sur soi, difficulté à mettre des mots sur ses émotions, consommation excessive d’alcool ou de substances, comportements à risque, ou encore surinvestissement dans le travail ou le sport. Les recommandations de l’American Psychological Association (APA) soulignent précisément que l’agressivité et d’autres symptômes « externalisés » peuvent masquer des difficultés émotionnelles plus profondes (American Psychological Association, 2018).
Ces manifestations ne sont pas des « traits de caractère » à ignorer : elles peuvent constituer des signaux d’alerte. Les reconnaître permet d’intervenir plus tôt, avant que la souffrance n’entraîne des répercussions importantes sur la santé, la vie familiale, sociale ou professionnelle.
Pourquoi demander de l’aide reste difficile
Les normes traditionnelles de masculinité — stoïcisme, autonomie, contrôle de soi, invulnérabilité — peuvent freiner la demande d’aide. Une revue systématique de 37 études montre que la conformité à ces normes est associée à une moindre propension à rechercher de l’aide face à la dépression (Seidler et al., 2016). Les hommes peuvent ainsi percevoir l’expression de la vulnérabilité, la consultation ou la prise de médicaments comme un aveu d’échec.
Ce n’est pas une question de « force » ou de « faiblesse ». C’est le produit de socialisations et de représentations qui ont longtemps associé la virilité au silence émotionnel. Les lignes directrices de l’APA insistent d’ailleurs sur la nécessité de proposer des soins sensibles au genre, capables d’accueillir la manière dont chaque homme vit et exprime ses difficultés (APA, 2018).
Un enjeu de santé publique
En France, les données sont sans ambiguïté. En 2023, 8 848 décès par suicide ont été recensés, soit un taux standardisé de 13 décès pour 100 000 habitants ; près de trois décès sur quatre concernaient des hommes (75,1%) (Santé publique France, 2025). Les taux les plus élevés s’observent chez les hommes de 65 ans et plus (37 décès pour 100 000) et de 45 à 64 ans (29 décès pour 100 000) (Santé publique France, 2025).
En Pays de la Loire, la situation mérite une attention particulière : la région comptait en 2021 un taux standardisé de 16 décès par suicide pour 100 000 habitants, supérieur à la moyenne nationale, et trois décès sur quatre concernaient également des hommes (Santé publique France, 2025). En 2023, 4 473 passages aux urgences pour geste suicidaire y ont été recensés (Santé publique France, 2025).
JDCS s’engage pour la prévention
JDCS s’inscrit pleinement dans cette dynamique de prévention. Au-delà de la sensibilisation, notre ambition est de mettre en avant les actions concrètes qui permettent de repérer plus tôt les signaux de mal-être, de faciliter l’accès à l’information et aux ressources, et d’encourager chacun à parler de sa santé mentale sans tabou.
Soutenir la prévention, c’est aussi valoriser les initiatives de terrain, les professionnels mobilisés et les dispositifs accessibles à tous. Car prévenir ne consiste pas seulement à réagir lorsqu’une situation devient critique : cela commence bien avant, par l’écoute, l’information, le dialogue et la possibilité de demander de l’aide.
Management, cadres de santé et leadership
Les cadres et managers ne sont pas à l’écart de ces enjeux. Exposés à la pression des résultats, à la charge de travail, aux tensions d’équipe, à la responsabilité décisionnelle et, dans le secteur sanitaire et médico-social, à la pénibilité des situations rencontrées, ils peuvent eux aussi voir leur santé mentale se fragiliser.
Or, le rôle de cadre comporte une difficulté particulière : celui de devoir « étayer », incarner la stabilité et soutenir les autres, parfois au prix de son propre épuisement.
L’Organisation mondiale de la Santé recommande précisément de former les personnels d’encadrement à repérer la détresse émotionnelle, à développer l’écoute active et à agir sur les facteurs de stress liés au travail (Organisation mondiale de la Santé [OMS], 2026).
Garder son leadership lorsque sa santé mentale est fragilisée ne signifie pas tout porter seul ni faire semblant que tout va bien.
Cela suppose au contraire de reconnaître ses limites, de solliciter un soutien — hiérarchique, médical, psychologique ou entre pairs — et de s’appuyer sur l’équipe plutôt que de s’isoler. Un leadership protecteur repose sur des actes concrets : répartir la charge, clarifier les priorités, protéger des temps de pause, instaurer un dialogue régulier et accepter de ne pas avoir toutes les réponses. L’Anact souligne, d’ailleurs, que la prévention des risques psychosociaux doit agir sur l’organisation du travail et le management, et non uniquement sur la capacité individuelle des salariés à « résister » (Anact, 2025).
Pour un cadre de santé, assumer sa propre vulnérabilité peut même renforcer sa légitimité : il démontre que demander de l’aide n’est pas une faiblesse, mais une compétence managériale et un acte de prévention. En se protégeant, il protège aussi son équipe ; en parlant, il autorise les autres à le faire.

Ce que chacun peut faire (Psycom, 2026)
Parler de santé mentale ne suppose pas d’avoir toutes les réponses. Cela commence souvent par une question simple, posée sans jugement : « Ça va, vraiment ? » Puis par une écoute sans minimiser, sans conseiller trop vite, et sans imposer de solutions.
Pour soi : reconnaître que consulter un médecin, un psychologue ou un psychiatre est un acte de prévention, pas un signe de faiblesse.
Pour un proche : repérer les changements durables — irritabilité, isolement, consommation, fatigue, propos désespérés — et proposer un accompagnement concret.
Pour les organisations : créer des espaces où parler de sa santé mentale ne comporte ni stigmatisation ni risque professionnel.
Movember rappelle que la santé des hommes est une responsabilité collective : celle des hommes eux-mêmes, de leurs proches, des employeurs, des soignants et des décideurs (Movember, 2025). Briser le silence, c’est déjà commencer à prévenir.
Si vous ou un proche êtes en détresse, appelez le 3114, le numéro national de prévention du suicide, gratuit, anonyme, disponible 24 h/24 et 7 j/7.
Soutenir un proche ne consiste pas toujours à trouver la bonne solution. Cela commence souvent par une écoute sincère, sans minimiser ni conseiller trop vite, et par la possibilité de dire simplement : « Je suis là. Tu n’as pas à traverser cela seul. » Prenez soin de vous.
N. Renou
Bibliographie
American Psychological Association. (2018). APA guidelines for psychological practice with boys and men. https://www.apa.org/about/policy/psychological-practice-boys-men-guidelines.pdf
Anact. (2025). La prévention des risques psychosociaux. https://www.anact.fr/sites/default/files/2025-07/guide-anact-risques-psychosociaux-rps.pdf
Movember. (2025). Le vrai visage de la santé masculine. https://movember.com/uploads/files/2025/The%20Real%20Face%20of%20Mens%20Health%20Report%202025%20FR%20Canada.pdf
Organisation mondiale de la Santé. (2026, 15 septembre). La santé mentale au travail. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/mental-health-at-work
Psycom. (2026, 26 octobre). La santé mentale des hommes. https://www.psycom.org/sinformer/la-sante-mentale/la-sante-mentale-des-hommes/
Santé publique France. (2025). Conduites suicidaires en France. Bilan 2024. https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/bullnat_conduites_suicidaires_20251010.pdf
Santé publique France. (2025). Surveillance annuelle des conduites suicidaires, bilan 2023. Pays de la Loire. https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/bullreg_conduites_suicidaires_pdl_bilan2023_20250512.pdf
Seidler, Z. E., Dawes, A. J., Rice, S. M., Oliffe, J. L., & Dhillon, H. M. (2016). The role of masculinity in men’s help-seeking for depression: A systematic review. Clinical Psychology Review, 49, 106–118. https://doi.org/10.1016/j.cpr.2016.09.002
Cet article a été rédigé par l’auteur, avec l’appui de l’intelligence artificielle comme outil d’aide à la structuration et à la reformulation.


